Vauban était un humaniste, passionné pour la justice sociale : il est réputé, par exemple, pour avoir partagé ses primes et ses soldes avec les officiers moins fortunés, et il prenait même parfois sur lui les punitions des soldats sous son commandement lorsqu’il les trouvait injustes… C’était en même temps un homme de caractère, exigeant dans son travail et très soucieux du respect de ses instructions.
Il eut aussi une vie de simplicité et des rapports très humains avec son entourage, qu’ils soient des gens de sa région natale, où il aimait à revenir lorsqu’il le pouvait (rarement !), ou des proches. Il faut rappeler qu’il été éduqué très jeune par son père, Urbain le Prestre, au respect des autres, quelles que soient leurs origines. Ses origines modestes — famille de hobereaux provinciaux désargentés — auront sans doute contribué à ses traits de caractère les plus humains.
Louis XIV a reconnu en Vauban un « bon Français ». Et à sa mort, contrairement à une légende tenace de disgrâce (légende dont Saint-Simon est en partie responsable), il parla de lui avec beaucoup d’estime et d’amitié : « je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’État », déclara-t-il à l’annonce de sa mort.
On pourrait dire aussi que Vauban fut un noble malcontent, mais au lieu d’emprunter le chemin de la révolte armée comme le faisaient les gentilshommes du premier XVIIe siècle, il a emprunté la plume et l’imprimé, au nom d’un civisme impérieux, pleinement revendiqué, au service de la « nation France » et de l’État royal qu’il voulait servir plus que le roi lui-même. Toute son œuvre de pierre et de papier en témoigne : son action ne visa qu’un but, l’utilité publique, en modelant le paysage, en façonnant le territoire, en transformant l’ordre social.
Vauban, apôtre de la vérité, apparaît, avec quelques autres contemporains (Pierre de Boisguilbert, par exemple, ou l’abbé de Saint-Pierre), comme un citoyen sans doute encore un peu solitaire. Mais au nom d’idées qu’il croit justes, même si elles s’opposent au roi absolu, il a contribué à créer un espace nouveau dans le territoire du pouvoir, un espace concurrent de celui monopolisé par les hommes du roi, l’espace public, et à faire naître une force critique appelée à un grand avenir : l’opinion.
De par ses écrits progressistes, Vauban est considéré comme un précurseur des encyclopédistes, des physiocrates et de Montesquieu.
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